L'alternance plates faces-tourelles suivant un plan ondulant confère au buffet une impression de puissance et d'harmonieuse élégance caractérisant le style classique français. Pas une seule surface plane dans tout cet ensemble, les courbes allégeant la rigidité des droites verticales des tuyaux. Tous les personnages (atlantes et angelots) suggèrent par leur plastique, une vitalité et une exubérance propres au style baroque français en harmonie avec le rendu sonore.
C'est bien l'expression d'une sarabande illustrant le psaume 150
.

En regardant attentivement, on observera avec amusement qu'un des angelots supposé jouer de la flûte, tient entre ses mains un ...manche à balai.

On peut noter qu'à la suite d'un affaissement de la tribune le positif est légèrement désaxé par rapport à l'ensemble du buffet.


Orgue de K J Riepp (1754)
de la collégiale de Dole

Portrait de K J Riepp par Andréas Brügger
(Salem 1774)

console de l'orgue (positif de dos)

COMPOSITION DE L'ORGUE DE DOLE

En vert les jeux d'origine de K J Riepp
.

1er Clavier : Positif de dos
54 notes (c-f", 13 jeux)
Montre 8
Bourdon 8
Prestant 4

Flûte 4

Nasard 2 2/3

Doublette 2
Tierce 1 3/5
Cornet V (cī-f")

Fourniture Cymbale IV
Trompette 8
Clairon 4

Cromorne 8

Voix humaine 8

2° Clavier : Grand Orgue
54 notes (C-f", 18 jeux)
Montre 16
Bourdon 16

Montre 8
Bourdon 8
Bourdon 8 (g-f")

Prestant 4
Grosse Tierce 3 1/5
Nasard 2 2/3
Doublette 2
Quarte 2
Tierce 1 3/5

Cornet IV (g-f")
Fourniture V
Cymbale III
Bombarde 16
1re Trompette 8

2e Trompette 8
Clairon 4

3° Clavier : Récit
54 notes (C-f", 16 jeux)
Bourdon 16 (G-f")
Montre 8
Flûte 8
Bourdon 8
Flûte forte II (g-f")
Prestant 4
Flûte 4
Flûte 2
Larigot 1 1/3
Sifflet 1
Cornet IV (g-f")
Cor anglais 8
Clairon 4
Clarinette 8
Hautbois 8 (g-f")

Un registre vacant

4° Clavier : Echo
42 notes (F-f", 7 jeux)
Montre 8
Bourdon 8
Flûte 4
Flûte 2
Trompette 8 (g-f")
Voix humaine 8
Hautbois 8 (g-f")


Pédale

25 notes (C-c') 9 jeux

Flûte 16
Contrebasse 16
Flûte 8
Violoncelle 8
Principal 4
Gambe 2
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4


Accouplements à tiroirs Positif / Grand Orgue ---- Récit / Grand Orgue
Soufflerie : 2 soufflets à plis parallèles (1920) + 6 soufflets cunéiformes (1992)
Diapason : la3 :420 Hz; tempérament inégal.
______________________________________________________________

L'orgue de Dole se caractérise par un subtil mélange de plusieurs esthétiques.
C'est d'abord un instrument classique construit par K J Riepp entre 1750 et 1754 dont il conserve les jeux à bouche du Grand orgue et du Positif ainsi que les anches installées en 1787 par François Callinet.
C'est aussi un instrument romantique par les ajouts de Joseph et Xavier Stiehr (pédale, claviers d'écho et de récit) en 1830 et 1854 qui ont su respecter l'esthétique d'origine.
Cette continuité entre le XVIII° et le XIX° siècle est à porter au crédit d'Ignace Müller organiste à Dole de 1825 à 1878 qui fit engager les frères Stiehr.
C'est enfin au facteur dolois Philippe Hartmann que l'on doit de connaître l'orgue actuel qu'il sauva d'un désastre certain en 1959 lors de la restauration hasardeuse du buffet. K J Riepp a conçu pour cet instrument un buffet de structure classique dont on retrouve la même disposition dans le Grand orgue de la cathédrale Saint Bénigne de Dijon.
A noter que le buffet proprement dit fut réalisé par le célèbre ébéniste dolois Attiret, les sculptures étant l'oeuvre de Michel Devosge.



Etienne Baillot et Jacques Beraza à la console de l'orgue
Riepp de Dole .(Photo Dole Magazine©
, Nov 2006).

Jacques Beraza puis Etienne Baillot, se sont efforcés par leur expérience, leur talent et leur profond attachement à cet instrument unique de le faire sonner pour le plus grand plaisir des mélomanes grâce à leur toucher exceptionnel respectueux de l'âge vénérable de ce chef d'oeuvre de K. J. Riepp.

On ne peut pas évoquer l'orgue de Dole sans citer le nom de Michel Chapuis (natif de Dole) qui, enfant, apprit à jouer sur cet instrument qu'il a rendu célèbre dans le monde entier, qu'il aime toucher à l'occasion et dont il restera à jamais un ambassadeur illustre, grâce aux nombreux enregistrements qu'il a réalisés ici. Ironie de l'histoire, Michel Chapuis a acquis à Jouhe la demeure familiale d'Anne-Françoise Eve , épouse de K J Riepp, qu'il a magnifiquement réhabilitée de ses propres mains.


Karl Joseph Riepp naquit à Ottobeuren le 24 janvier 1710, un an avant son frère Rupert.
Sa famille était originaire du Tyrol et vint s'établir en Souabe.
Les frères Riepp ont donc été fortement imprégnés par l'esprit de la Contre-Réforme et du style baroque.
Cet esprit se manifestait surtout dans les nombreuses et puissantes abbayes bénédictines et cisterciennes qui avaient essaimé dans la région.
La musique était donc omniprésente en particulier à l'abbaye d'Ottobeuren.
Après la mort de leur père, Karl Joseph et Rupert quittent Ottobeuren pour aller travailler à Strasbourg auprès d'André Silbermann avant de s'installer en Bourgogne.
Le 18 avril 1741 K J Riepp épouse une jeune femme fortunée Anne-Françoise Eve de Jouhe (proche de Dole).
Le couple reste à Dole jusqu'en 1742 avant de s'établir définitivement à Dijon. En 1748 K J Riepp fut intronisé dans la corporation des marchands de vin de Dijon : désormais son activité principale sera le négoce de vin pour le compte des abbayes de Citeaux, de Salem et d'Ottobeuren.




K J Riepp meurt à Dijon le 5 mai 1775, laissant à sa femme un important patrimoine viticole et ... pas mal de soucis.
Son oeuvre comme facteur d'orgue est vaste, unique et présente une grande homogénéité de style et d'esthétique proche de celle d'André Silbermann.



Ce vénérable instrument après avoir été réduit au silence pendant presque trois années nécessaires

aux travaux de restauration de la collégiale sonne de nouveau dans toute sa splendeur pour la plus grande joie

des amoureux de la musique d'orgue (31 mai et 1 Juin 2009 avec J. Beraza et E. Baillot).

L'orgue protégé par un sarcophage durant

les travaux de restauration.

Comme la chrysalide qui déchire son cocon

l'orgue de Riepp réapparaît derrière ses voiles protecteurs

(22 mai 2009).

 

Vision onirique ? Ou effet de l'ivresse de la musique ?

Orgue Riepp de la Trinité de l'abbaye d'Ottobeuren (1766).


K J Riepp en famille (auteur inconnu, musée d'Ottobeuren)

 

En 2010 : célébration du 300e anniversaire de la naissance de K J RIEPP.


Tuyaux du Grand orgue de Dole.


Buffet de l'orgue de la cathédrale de Dijon.


C'est à peu près tout ce qui reste de
l'esthétique de Riepp dans cet instrument (Dijon).
Vu l'état de délabrement de l'instrument, la restauration de Gerhard Schmid (1987-96), contestée par certains, aura permis de redonner à St Bénigne un grand orgue digne d'une cathédrale. Certains jeux ont une acidité agressive, mais l'ensemble est une réussite incontestable.

http://www.dijonorguecathedrale.org/menue.html






 


L'illustration musicale est un extrait de "l'Ange du Ciel" de Jean-François Tapray (1er titulaire de l'orgue Riepp de Dole en 1754), interprété par Michel Chapuis.
Enregistrement J. Revel (Oct 2002)
Photos J Revel ©

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